La Gazette de Porto

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Quatre jours pour neuf chiffres : notre quête du NIF

Obtenir un NIF au Portugal est censé être une formalité. Dans les faits, notre première confrontation avec l’administration portugaise a pris des allures de parcours initiatique.

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Fontaine azulejos

Obtenir un NIF (Numéro d’Identification Fiscale, ou Número de Identificação Fiscal en portugais) constitue l’une des premières démarches pour quiconque souhaite s’installer, investir ou simplement passer quelque temps au Portugal (il n’est toutefois pas nécessaire pour un simple séjour touristique). Ce sésame administratif est la clef de nombreuses démarches dans le pays, qu’il s’agisse d’ouvrir un compte bancaire, de souscrire à certains abonnements, de signer un bail, ou carrément d’acheter un bien immobilier. Il s’invite aussi dans les gestes du quotidien. Au supermarché ou au restaurant, il n’est pas rare que l’on vous propose de l’ajouter à votre facture. Bref, du caissier au banquier, ses neuf chiffres vous deviendront rapidement aussi familiers que ceux du code de votre carte bancaire.

En théorie, obtenir un NIF n’a rien d’un parcours du combattant. En effet, sur le papier, la démarche, gratuite, est relativement aisée. Il suffit de se rendre auprès d’une Loja do Cidadão avec les documents nécessaires (juste une carte d’identité si vous êtes citoyen européen). Une formalité administrative qui ne doit pas prendre plus de quelques minutes. La réalité n’est hélas pas toujours aussi coulante.

Avec ma compagne, lors de notre premier séjour au Portugal pour préparer notre installation et en vue de finaliser la location de notre logement, l’obtention du NIF était donc un prérequis. Rassérénés par les descriptions unanimes des quelques sites que nous avions consultés, lesquels promettaient tous une démarche rapide et sans difficulté, nous pensions que ce précieux numéro fiscal tomberait presque naturellement entre nos mains. Cette procédure avait aussi tout l’air d’un rite de passage. Elle nous accrochait au fil qui nous reliait véritablement au pays ; la première empreinte officielle, ou plutôt, le premier sceau administratif, de notre nouvelle vie portugaise. Au moment où nous planifiions notre visite à la Loja do Cidadão de Porto, nous étions donc très loin d’imaginer que ce petit numéro à neuf chiffres allait nous entraîner pendant quatre jours dans un véritable labyrinthe bureaucratique.

Premier contact avec l’administration portugaise

Candides, nous nous sommes donc présentés par un bel après-midi au lieu dit. Un peu contrariés par le fait de sacrifier au soleil portugais les couloirs d’un bâtiment administratif, mais persuadés d’y accomplir illico presto cette paperasse et d’en ressortir en ayant franchi une étape enfantine mais importante.

À l’intérieur, première surprise : personne ne semble parler anglais. Pour obtenir notre précieux sésame, il faut prendre un ticket, comme chez le poissonnier. Première déception, des dizaines de personnes patientent déjà. Nous nous exécutons, puis attendons. Quelques minutes passent, puis une heure, puis davantage. Nous tentons de comprendre le fonctionnement des lieux, de trouver le bon guichet, d’expliquer notre situation. Mais entre la barrière de la langue et une certaine confusion générale, nous avançons à tâtons. Personne n’a l’air de savoir, ou de vouloir, nous orienter. Après plusieurs heures d’attente et sans avoir obtenu la moindre réponse claire, nous sommes contraints de quitter l’endroit. Décidés à revenir le lendemain, convaincus que nous avons simplement manqué le bon moment.

Le lendemain, même scénario. Même attente, mêmes interrogations, même sentiment d’être perdus dans une mécanique dont nous ne possédons pas le mode d’emploi. C’est finalement au détour d’une conversation que nous comprenons la règle du jeu : il faut venir très tôt. Très tôt, car les demandes sont nombreuses et que le nombre de numéros traités chaque jour est limité.

La nuit passe. Six heures du matin, nous repartons pour la Loja do Cidadão. Fatigués par ce réveil matinal, mais orgueilleux de notre anticipation. Grave illusion, la file est déjà impressionnante. À l’ouverture, nous découvrons l’existence d’un étrange ballet autour de ces petits tickets numérotés. Certains les accumulent puis s’en servent ensuite comme monnaie d’échange. C’est une véritable jungle, ou l’argent est roi. On nous apprend que pour les résidents non Européens, lesquels forment à l’évidence le gros des demandeurs autour de nous, ont besoin d’un référent local. Et que certains individus y ont trouvé un marché lucratif à bon compte.

L’inquiétude commence alors à nous saisir. Notre séjour touche bientôt à sa fin et nous devons rentrer en France. Repartir sans NIF, c’est faire une croix sur notre logement, un logement durement trouvé. Ce n’est donc pas qu’une simple contrariété ; c’est notre projet tout entier qui vacille.


Franz Kafka Der Mann am Schreibtisch
Franz Kafka Der Mann am Schreibtisch © Franz Kafka Autorenseite

Nous décidons donc de tenter notre chance ailleurs, dans une petite ville située à une vingtaine de kilomètres de Porto. Avoir l’espoir d’y trouver moins d’affluence et davantage d’écoute. La foule est effectivement inexistante. Mais nous restons invisibles au yeux des employés et retrouvons la même bureaucratie kafkaïenne.

La fatigue et la frustration finissent par prendre le dessus. Ma compagne, épuisée par ces journées d’incertitude, fond en larmes. C’est alors qu’une dame, pas aveugle à notre désarroi, vient spontanément à notre rencontre. Elle parle français et portugais. Nous lui racontons notre histoire, notre urgence, notre incompréhension. Elle décide de nous aider et va discuter avec les agents présents.

Quelques minutes plus tard, miracle : on accepte finalement de nous recevoir. Trois minutes suffisent. Quelques documents vérifiés, quelques informations saisies, et le précieux numéro à neuf chiffres nous est enfin délivré. C’était une formalité, en effet.

Ce témoignage n’a pas la présomption de faire de notre cas particulier une généralité. Mais de telles situations existent. Ou, espérons-le pour les nouveaux arrivants, ont existé.