La Gazette de Porto

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Pourquoi les immeubles de Porto sont-ils couverts de carreaux ?

Emblématiques de Porto, les azulejos racontent l’histoire de la ville autant qu’ils façonnent son paysage. Mais derrière cette image de carte postale se cache un patrimoine fragile, menacé par les transformations urbaines.

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Gare São Bento © Diego Delso, delso.photo, License CC BY-SA

Il suffit se promener dans Porto pour constater la spécificité architecturale de la ville. Ici, les carreaux ne sont pas cantonnés aux salles de bains ou aux cuisines. Ils recouvrent des façades entières, habillent des immeubles modestes comme des bâtiments plus bourgeois et transforment certaines rues en véritables catalogues de motifs géométriques

Ces fameux azulejos sont devenus indissociables du paysage portugais. Mais pourquoi les habitants ont-ils donc décidé d’en mettre de partout ? La réponse n’est pas simplement esthétique.

Une vieille histoire qui ne commence pas à Porto

L’azulejo n’est pas une invention portugaise. Le terme vient de l’arabe az-zulayj, qui désignait une petite pierre polie. Les techniques de décoration céramique se sont diffusées dans la péninsule Ibérique sous l’influence du monde islamique, avant que les carreaux ne prennent progressivement une place dans l’architecture portugaise à partir du XVIe siècle. Pendant plusieurs siècles, on les trouvait surtout dans les églises, les palais, les couvents et les demeures riches. Présents dans les intérieurs, ils servent autant à décorer qu’à structurer les espaces.

Mais l’usage qui nous intéresse commence véritablement au XIXe siècle. À la suite du séisme de Lisbonne en 1755, les azulejos offrent une solution économique pour reconstruire les façades de la capitale. Ils quittent ainsi les intérieurs pour recouvrir les habitations. La pratique prend de l’ampleur, notamment à Porto et à Lisbonne. Des milliers de bâtiments sont alors enveloppés de carreaux à motifs.

Pourquoi ? Parce que c’est esthétique, fonctionnel et relativement bon marché. L’industrialisation de la production, autrefois espagnole et hollandaise, permet de fabriquer rapidement des carreaux standardisés et de les produire en grande quantité. Des usines installées à Porto et Vila Nova de Gaia, comme Massarelos ou Devesas, alimentent alors un marché en pleine expansion.

Les azulejos ont aussi une fonction pratique. Ils constituent un revêtement protecteur pour les façades et leur surface vitrifiée résiste aux intempéries. Dans une ville humide comme Porto, sous influence de l’océan Atlantique, ce n’est pas exactement un détail. Bref, l’azulejo permet à la fois de protéger et de donner du caractère à une façade à moindres frais.

Une mode qui devient une identité

Les motifs géométriques et floraux se multiplient. Dans le nord du Portugal, les fabriques développent notamment des carreaux en relief, jouant avec les ombres et la lumière. Les bâtiments deviennent ainsi de véritables compositions picturales et façonnent l’identité urbaine portugaise.

Une identité menacée

Porto conserve encore aujourd’hui une quantité impressionnante d’édifices recouverts d’azulejos. En pérégrinant dans Bonfim, Cedofeita, Miragaia ou autour de la Baixa, il suffit souvent de regarder les façades pour avoir l’impression d’être dans un kaléidoscope géant. C’est probablement l’une de ces particularités qui rend une promenade dans Porto différente d’une promenade dans n’importe quelle autre ville européenne – y compris Lisbonne, nettement moins dense en façades de ce style.

Hélas, cette tradition n’est pas éternelle. Les constructions modernes font généralement l’impasse sur les azulejos, où se limitent à des carreaux uniformes et monochromes, quand bon nombre de rénovations les font disparaître au profit de revêtements bien plus sobres. Dans certains quartiers de Porto, en dépit d’une loi de 2017 qui encadre le retrait des azulejos, ces derniers continuent de disparaître au fil des rénovations ; les immeubles monotones grignotent peu à peu sur des motifs et des couleurs qui maillaient autrefois les rues ; le monochrome l’emporte sur le bariolé. Il suffit de se poser sur la petite montée qui mène à la cathédrale de Porto et d’embrasser du regard une bonne partie de la ville par dessus le parapet pour constater l’ampleur de ces métastases de la modernité.

C’est sans doute le prix du temps qui passe, des nouvelles normes, des coûts de rénovation et d’une ville qui se transforme rapidement. D’une mue qui, façade après façade, emporte avec elle une part de l’identité de Porto.

Sources utilisées pour la rédaction de cet article : Patrimónios, Visit Portugal, Luisa Paixao


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